Les contrastes, toujours présents.

Il y a d’abord l’abîme entre la Roumanie que nous avons quitté en 1986 et la Roumanie d’aujourd’hui… 

Alors notre pays gisait écrasé sous une lourde chape, une épouvantable dictature inhumaine. Tout était gris, tout était triste et silencieux. La notion de « liberté » était abstraite - une image comparable avec une coupe argentée qu’on ne pouvait toucher ni du bout des doigts, ni de la pointe du regard. Toute tentative de briser la chape de cette dictature par l’expression, l’écriture, l’attitude…, était épiée, suspectée, exagérée, punie... 

Aujourd’hui la liberté ne manque pas, elle est même trop abondante et quelquefois confondue avec le libertinage. Liberté totale de la presse, de la parole, des voyages… Libertinage de « cocălar » qui circule en « merţan » (néologisme utilisé pour la voiture Mercedes), qui monte au maximum l’intensité sonore de la musique de mauvais goût, personnage qui portent au cou des chaînes en or qui pèsent lourdement en chassant le bon sens… Ce sont eux, ces « barbares modernes » qui défient tout : les lois, ses concitoyens, le pays, l’environnement… Ils ignorent que la liberté doit s’arrêter là où commence la liberté d’autrui. Le contraste est énorme entre ce « cocălar » et la vieille femme sans ressources, qui mendie, silencieuse, à la sortie du métro et qui tend la paume de sa main dans laquelle on faufile honteusement une pièce insignifiante. C’est comme le contraste entre ce barbare moderne et le pauvre retraité qui est obligé d’assurer son traitement médical en achetant, jour après jour, ses comprimés à l’unité plutôt qu’en boîte car l’argent lui est rigoureusement compté… Et, parce que l’appellation étrange de « cocălar » a été évoquée, il faut peut-être préciser qu’il provient de la boisson « coca –cola », symbole des restaurants « McDonald » qui ont envahi la Roumanie et qui provoquent avec leur publicité agressive. On reste sans paroles en regardant le piédestal d’une hauteur démesurée de l’enseigne McDonald, superposée sur l’image discrète, modeste, pure, de l’église de « domniţe » (princesses) de la ville de Suceava. 

On ne peut pas oublier les magasins d’avant, vides, carrément vides, dans lesquels les vendeurs regardaient, avec un œil de poisson mort, les gens qui cherchaient inutilement à acheter quelque chose à manger et donnaient comme réponse seulement un bien connu « Nu ne-a băgat nimic săptămâna asta » (On n’a rien reçu cette semaine …). Quel incroyable contraste avec les grandes surfaces et les boutiques d’aujourd’hui ! Ils semblent se trouver dans une concurrence réelle avec les plus assortis commerces de l’Occident, tant l’abondance et la diversité des marchandises sont importantes. Malheureusement l’accès à ces marchandises est très limité car entre les revenus mirobolants de quelques parvenus et ceux de la classe moyenne, il y a un gouffre. Et encore quel gouffre ! Le contraste entre les cultures des peuples qui vivent depuis la nuit du temps sur la même terre est plus visible qu’autrefois car alors tout le monde était (apparemment) pauvre. Aujourd’hui, si on regarde les maisons nouvelles riches, d’inspiration architecturale étrange du village Zanea - département de Iaşi (par exemple) et une modeste maison traditionnelle roumaine, on peut mieux comprendre que cette différence provoque une certaine hostilité entre les populations qui les habitent. 

On pourrait écrire encore des pages et des pages sur les contrastes entre la Roumanie d’aujourd’hui et celle de 1986. Heureusement la plupart d’entre eux sont bénéfiques et montrent que la marche du peuple roumain vers la Communauté Européenne est bien avancée.
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