La ville de Sighetu Marmaţiei

Autant son centre ne paraît guère avoir changé toutes ces dernières années, à quelques ravalements de façades près et renouvellement de magasins, avec sa Place de la Liberté (petit jardin aménagé), le « Vieux palais » (restaurant aujourd’hui), l’Eglise Catholique Romaine (style baroque), l’ancien Cercle Militaire (cinéma actuellement), avec le Musée ethnographique du Maramures, la Mairie, le Mémorial de la Résistance et des victimes du communisme (non loin).
Autant la périphérie s’est transformée au cours des dix dernières années pour cette ville moyenne de 40 000 habitants. Grandes surfaces : CARREFOUR, CORA, stations services à l’européenne, banques, grands immeubles en construction ont « élargi » les murs du centre ville, et contrastent avec les immeubles du début du 20ème siècle, que nous retrouvons dans les nombreuses villes de cette taille-là. Une déviation au sud, évite d’emprunter le centre, toujours animé, car il reste le siège de nombreux services.

Cet ancien chef-lieu demeure à la croisée des vallées agréables d’un département qui semble garder ses richesses artistiques et rester un conservatoire de la vie paysanne, ce que nous appellerions «une authenticité roumaine»… mais pour combien de temps encore ?
L’hiver, après le 25 décembre, c’est-à-dire le 27, convergent toujours à Sighetu M., les groupes folkloriques traditionnels populaires des villages voisins pour un festival traditionnel d’hiver « datini si obiceiuri de iarna » très coloré dans la neige…

LE PONT sur la TISA, à Sighetu Marmatiei, relie les deux rives roumaine et ukrainienne du fleuve frontière,  au débit bouillonnant. L’on y parle roumain des deux côtés, plus le russe  du côté ukrainien. C’est le seul point de passage entre les deux pays sur plusieurs dizaines de kilomètres de frontières. Il est fortement utilisé par les populations riveraines…
Il semble « petit » : court (250m.), de facture en bois (civilisation du bois !). La réhabilitation de l’ancien passage avait commencé en 1999, avec une première livraison en 2001 et une réception officielle en 2003. Puis, il y eu, assez souvent  des interruptions de service : réouvertures et fermetures  (pour « corrosion » des matériaux utilisés, et malfaçons).
La réouverture « définitive » date de 2008 (inauguration le 15 janvier 2007 entre les présidents Basescu et  Iuscenko) après une reprise de chantier.
Pour franchir la frontière, le tampon-visa est apposé sur le passeport présenté au poste frontière et l’on rejoint  Slatina – Solovitno, sans attente pour les piétons et cyclistes. C‘est différent au retour : il faut plus de temps  pour quitter l’Ukraine, surtout pour les voitures (long délais d’attente et de vérification). Et l’on glisse un billet vert dans son passeport…
… Pont de facture en bois, mais de facture finale multipliée par 2 ou 3 par rapport au budget initial (le million d’euro) financé pour 1/3 par les fonds PHARE européens, c’est-à-dire par les contribuables européens !
A SAPINTA (18 km à l’Est de Sighetu Marmatiei), le village du CIMETIERE JOYEUX (CEMETERUL VESEL), certes les « penziun «   et les étals, de part et d’autres de l’entrée du cimetière, sont nombreux, pour dormir, acheter  des souvenirs, mais encore de dimensions limitées… par la largeur des trottoirs, la  géographie des lieux.
Le cimetière nous a semblé être visité par de nombreux Roumains, curieux, intéressés de découvrir les stèles et leurs bas reliefs avec le portrait, l’image du défunt et son épitaphe (quelques lignes humoristiques, poétiques) résumant sa vie (une qualité, un péché).

La tradition est perpétrée par l’un des disciples de l’artiste fondateur Stan Ion PATRAS, et  sa famille, c’est-àdire  celle de  Dumitru Tincu POP pour la restauration et la fabrication des stèles. Dumitru est aussi salarié de musée S I Patras, tout proche, dont il anime les visites, en lien avec le musée ethnographique de Sighetu Marmatei  et son directeur Mihaï  DANCUS .
Entre amusement et émotion, ces centaines de croix ne laissent pas indifférent autour d’une église entourée d’un échafaudage, en vue d’une  restauration. Lorsque l’unité sera retrouvée, entre l’église et son cimetière, les dimensions architecturales, patrimoniales, artistiques, spirituelles, poétiques, seront-elles autres !
Porter une appréciation sur les évolutions n’est pas aisé, car nous sommes beaucoup dans  le ressenti, dans le subjectif, dans la représentation…
Entre les Fonds européens investis (et il en reste), et les évolutions ressenties, constatées par nous, Roumains et Français de GIR, que penser ? Quel cap garder ou redévelopper dans notre investissement amical, solidaire et de coopération avec la Roumanie ?

Pierre Barge
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