Emerveillements et étonnements au retour d’un séjour en Roumanie

Oui la Roumanie est belle, diverse, ses habitants si enthousiastes et infiniment accueillants. Ils sont toujours aussi exubérants devant un match de foot et passionnés par les compétitions de gymnastique féminine comme au temps de l’ancien régime. L’histoire de la Roumanie est complexe, ce qui permet à chacun d’y trouver des choses à apprendre.
Mais oui, la Roumanie change, ses routes se sont même nettement améliorées ces dernières années. Bien sûr, il faut parfois encore éviter les trous, les affaissements de chaussées ; gare à celui qui n’évite pas une bouche d’égout trop profonde : sa voiture peut y laisser un essieu.
Autre changement profond : la disparition des voitures fantômes : celles qui, précieuses bien que n’étant pas forcément en état de marche, stationnaient sur les trottoirs amoureusement cachées sous une toile ajustée sorte de « burka automobile » qui ne laissait rien voir. Je me souviens, visiteur étranger arpentant les rues des villes roumaines, d’avoir joué à essayer d’identifier les modèles de Dacia, Trabant ou Olcit dissimulés sous ces toiles.
Plus généralement, les trottoirs sont sans doute un lieu emblématique des bouleversements urbains des cités roumaines. Dans les cœurs des villes, les voitures fantômes ayant disparu, les trottoirs défoncés ont laissé place aux pavés autobloquants qui caractérisent désormais le centre des villes. Au coin de ces mêmes trottoirs, les feux (sémaphores) sont souvent désormais surmontés de l’affichage du compte à rebours avant que le feu ne passe vert. Cela révèle peut-être l’impatience actuelle des conducteurs roumains, comportement typiquement latin. Voila une invention que certains Français verraient bien importer chez nous autres latins ; à commencer par mon fils qui n’a pas tardé à s’extasier devant cette avancée technologique et m’a demandé quand nous aurions pareil en France ! Signalons qu’il regrette la disparition des Caruta (charrettes) des centres villes [1]. Mais elles ne sont jamais loin et on les retrouve avec plaisir dans toutes les campagnes. La crise économique semble même favoriser leurs résurgences dans les campagnes.

De nombreux sites touristiques sont maintenant aménagés et plus accessibles aux visiteurs. Certains allient joliment modernité et tradition, c’est le cas des sites thermaux (Sovata, Cojocna, et même Turda) dans lesquels grands et petits de tous âges et de toutes corpulences se régalent à flotter dans une eau à forte concentration en sel. Même ceux qui ne savent pas nager profitent ainsi des joies de la baignade en s’approchant de la lévitation !
D’autres sites surprennent, je pense à la saline de Turda (Salina Turzii) qui est désormais aménagée pour le grand public alors qu’on l’a connue confidentielle, presque brute, on s’imaginait aisément mineur dans l’immensité de cette mine de sel souterraine, de ses galeries et des salles dont certaines dépassent en taille un stade de foot. Mais nous ne dirons rien sur l’aménagement récent, moderne de cette saline pour laisser la surprise au visiteur. Cela vaut le détour et il y aura autant de surprise pour le nouveau venu que pour celui qui l’a visitée avant 2010. Enfin, pour les adeptes de sites bruts, 100% bios et naturels, un petit détour par les volcans de boues près de Buzau sera une surprise et vous laissera un souvenir pour longtemps de curiosité géologique.

Chacun sait que ces dernières années ont conduit au dépeuplement d’une partie de la Roumanie et pas seulement des campagnes. Exode de la communauté germanophone, puis émigrations diverses vers d’autres pays européens (France, Espagne, Italie …) ou l’Amérique. Le développement de la Roumanie ces dernières années nous réserve alors pas mal de surprises. On construit  partout et de tout : immeubles, maisons individuelles, centres commerciaux... Le visiteur étranger s’étonnera alors que les maisons poussent comme des champignons, il semble que le nombre de constructions neuves ou en cours varie à l’inverse du nombre d’habitants !
De même, comment ne pas s’étonner de la multitude des super et hypermarchés alors même que la Roumanie continue de regorger de petites boutiques et de marchés divers.

En visitant ce pays, on passera forcément un peu de temps et de plaisir à prendre un repas le long d’une des multiples rivières. Autre sujet d’étonnement pour moi : comment penser que ces emballages et autres bouteilles plastiques, qui, si rares à l’époque de Ceaucescu, étaient précieusement collectionnées [2], sont désormais négligemment laissées dans les ruisseaux et sont indicateurs des places les plus en vogue pour les pique-nique et les incontournables mititei au barbecue. Bien que moins sympathique, c’est sans doute un autre signe du développement actuel de la Roumanie.

[1] Le Giroscope n° 48 : « laissez-nous nos CARUTZA, … » d’Ali Alain Bouras,
[2] Roxana BOBULESCU, « Les années Ceausescu - Récit d'une adolescence en Roumanie ». Edition L'Harmattan.



                                                                                                  Olivier ISNARD (15 sept. 2010).
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