Viscri

Une organisation villageoise à méditer !

Alors qu’aujourd’hui, en Roumanie, la majorité des villageois a le regard tournévers l’ouest pour tenter de lui ressembler, nous avons rencontré à Viscri une communauté villageoise qui, tout en s’intégrant progressivement au modernisme, a su garder l’esprit d’une organisation de solidarité remontant à plusieurs siècles.
Au nord de Făgăraş, Viscri est un village saxon situé au bout de nulle part. Pour y accéder, il faut accepter environ 8 km de piste empierrée mais quand on rentre dans le village on ressent très vite son atmosphère apaisante et sereine. Une très large "rue", bordée d’habitations basses aux tons pastel, nous mène à la citadelle (Eglise fortifiée). A l’intérieur de la citadelle, un riche Musée présente, entre autres choses, les vieilles traditions très spécifiques de cette région saxonne de Transylvanie. Nous avons eu envie de vous présenter quelques unes de ces traditions.

Le voisinage :

« Le voisinage » avait le rôle d’une association d’aide mutuelle dans le cadre de la communauté du village. Elle était fondée par les familles qui habitaient la même rue. Dans Viscri, il y avait 4 « voisinages » ; chacun prenaient le nom de sa rue. 

Le chef du « voisinage » était un homme marié, élu pour 2 ans et qui portait le rang de "père du voisinage". Il avait la responsabilité de veiller sur l’organisation des travaux que devaient effectuer les membres du voisinage comme l’approvisionnement du prêtre en bois, le travail volontaire à l’église ou au cimetière … Chaque « voisinage » avait un « coffre de voisinage » où tous les documents écrits étaient gardés, comme le registre des membres et celui des travaux effectués dans le cadre du voisinage respectif …

Les signes du voisinage : 

Ces signes avaient pour but de transmettre une nouvelle au voisin suivant en accompagnement de l’information orale. Chaque "voisinage" avait 3 signes en bois, d’habitude en forme de cœur. Un s’utilisait pour annoncer un enterrement et les deux autres concernaient la "réconciliation". 

Par superstition, le signe qui annonçait un enterrement n’était jamais emporté dans la cour d’un voisin car il pouvait apporter la mort dans le foyer. En revanche, le voisin frappait sur le mur pour que quelqu’un sorte de la maison pour lui communiquer la nouvelle, puis ce voisin procédait de la même façon avec le voisin suivant …

Le jour de la réconciliation : 

Chaque année, le mardi qui précédait le mercredi des cendres, avait lieu au voisinage "le jour de la réconciliation". Ce jour là, les hommes attendaient, devant la maison, le moment où la cloche annonçait l’heure de midi, puis ils entraient, dans l’ordre de leur âge, dans la pièce où les deux pères du voisinage les attendaient. (…) Après la réconciliation, le jeune père du voisinage lisait à haute voix le rapport d’activité pour l’année écoulée. Il lisait aussi les amendes que les gens devaient payer pour les absences aux travaux de voisinage ou aux enterrements. Celui qui avait à payer une amende donnait l’argent au père du voisinage, qui le notait dans le registre. Ensuite, le père du voisinage discutait avec les gens des travaux planifiés pour l’année suivante et communiquait ce qui avait été discuté à la paroisse. Ensuite, le rapport d’activité était envoyé à chaque voisin, ainsi chaque membre du voisinage pouvait lire le rapport pour se persuader que tout était en règle. Les deux voisins les plus jeunes signaient ensuite le rapport et le jour de la réconciliation était accompli.

Aujourd’hui, cet "art de vivre" et cet "état d’esprit" se sont modernisés mais ils subsistent. Pour exemple : A Viscri, les femmes sont regroupées en association "Viscri incepe". En été, lorsqu’elles ont fini leur travail au champs ou à la maison, elle restent devant leur maison à tricoter. Elles confectionnent les "véritables chaussettes en laine de mouton de Viscri" et aussi des gants, des chaussons, des bonnets etc... Ces productions sont ensuite vendues aux touristes mais aussi exportées, principalement en Allemagne. Le revenu de ces ventes permet de financer entre autres choses, l’aides aux devoirs pour les plus grands, l’accueil des plus petits en "gradinta" (école maternelle), une infirmerie où Catharina, infirmière, peut traiter sur place les cas les moins graves, panser les plaies, conseiller les jeunes mères etc ... Bel exemple de solidarité. Lors de notre passage, cet été, les habitants de Viscri nous ont vraiment donné l’impression qu’ils tiennent tout particulièrement à garder leurs spécificités, et peut-être bien qu’ ils ont raison ?…
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