Le roumain comme une langue de l'âme.

Enseigner la langue et la culture roumaine en France, voilà un gros défi pour un professeur qui a exercé auparavant son métier exclusivement en Roumanie. Comment travailler avec de petits disciples pour lesquels cette langue signifie l'expression verbale native d'un seul parent (ou de ses parents) au niveau familial, une langue qu'ils utilisent à la maison et qui risque d’être la secondaire?

Pour attirer les enfants vers l'univers langagier et culturel du pays qui définit aussi leur identité, il faut, en tant qu'enseignant, tout repenser, rajuster et improviser. "L'école" roumaine ne ressemble pas du tout à celle qu'ils fréquentent pendant la semaine. Les samedis matins on se rencontre dans un espace moins formel et les parents peuvent même rester et participer aux activités. (Car ici les parents forment une équipe qui soutient, organise et stimule!) On oublie les évaluations, les leçons abstraites de grammaire, la discipline très rigoureuse, le compte des erreurs et on les remplace toujours avec le plaisir de vivre ensemble de beaux moments qui font "voyager" en Roumanie.

Les stratégies didactiques changent aussi, en privilégiant le pouvoir du ludique et de la découverte personnelle et active. Le savoir faire tourne toujours vers le savoir-être ou bien le savoir-vivre... à la roumaine. Chansons, poésies, contes de fées spécifiques, objets d'artisanat, repas et danses traditionnelles, tout cela essaie de recomposer chaque fois une atmosphère spéciale et un état d'esprit.

Quant à l'évaluation de nos activités, les larmes aux yeux des Roumains qui assistent à nos fêtes scolaires représentent la meilleure récompense qu'on puisse avoir!

Bref, ce qu'on essaie de faire à l'Ecole Roumaine de Grenoble c'est de marquer le contour d’un pays que les enfants porteront dans leur être pour toute la vie, même s’ils ne l’habitent pas. 

Adriana Flore (enseignante à l’ERG)
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