La Roumanie du XXIème Siècle

En 2003 Marion Wallez est venue pour la première fois en Roumanie, à Călăraşi [ville d’environ 75.000 habitants, au sud de la Roumanie], pour un séjour de 15 jours. Elle est allée trois fois à Călăraşi et puis trois fois à Bucarest. Pendant sa quatrième visite dans la capitale roumaine, en mars 2008, Marion a répondu à quelques questions de Cristina Barbulescu concernant ses opinions sur la Roumanie.

Cristina Barbulescu : Pendant ces années des voyages entre la Roumanie et la France, est-ce que tu as observé quelques changements en Roumanie et, particulièrement, à Bucarest ? Marion Wallez : Premièrement, c’était un grand changement entre Călăraşi et Bucarest parce que je croyais que la ville de Călăraşi était représentative de la Roumanie, donc j’ai eu une grande surprise en voyant la capitale. La ville de Bucarest m’a beaucoup surprise parce qu’elle est très différente d’une rue à l’autre : dans la même rue tu peux avoir des bâtiments vieux très jolis, des bâtiments nouveaux, des quartiers modestes et même pauvres, à côté de magnifiques monuments, comme par exemple l’ancien quartier de « Hanu lui Manuc » (le centre historique de la capitale), des endroits très propres et des endroits très sales. Une ville des contrastes. Bucarest est donc un mosaïque social, culturel et politique.

CB : Est-ce que tu penses que les changements historiques et politiques peuvent être vues et observés aujourd’hui dans l’architecture de Bucarest ? MW : Bien sûr ; ça fait les différences et la richesse de Bucarest.

CB : Est-ce qu’il y a quelque chose que tu aime en special à Bucarest ou en Roumanie, en général ? Est-ce qu’il y a un endroit que tu a visité et qui t’a touché ? MW : C’était impressionnant de voir la Place de la Révolution et de comprendre, par l’entremise d’une amie roumaine qui m’accompagnait, ce qui s’est passé les jours de la révolution de 1989. J’aime beaucoup le bâtiment de la Caisse d’Epargne, situé centre ville, l’allée des roses du parc Herăstrău, une promenade en bâteau sur le lac Herăstrău. J’aime aussi le Château Peleş et celui de Pelişor, à Sinaïa. J’étais vraiment très impressionnée, même conquise, par la personnalité de la reine Maria de Roumanie [1875-1938]. Elle était même désignée (c’est elle qui a décore la majorité du château de Pelişor), c’est un personnage qui m’a beaucoup plu. J’ai visité aussi le château de Bran, qui reste dans cet esprit là de la reine Maria.

CB : Est-ce qu’il y a quelque chose que tu apprécies en particulier en Roumanie ou, au contraire, quelque chose que tu n’aimes pas du tout chez nous ? MW : Ce que j’aime beaucoup est l’ouverture des gens. Que ce soit à Călăraşi ou à Bucarest, je ne me suis jamais sentie en danger. C’est aussi la simplicité avec laquelle les gens me reçoivent. On est très bien accueilli, on est couvert de cadeaux, on est très vite mis à l’aise. Ce qui me plaît moins, c’est le clivage social entre les roumains et les tsiganes. Mais, c’est un point de vue extérieur, parce que je n’ai pas vécu l’histoire entière du conflit qui existe au présent, donc je ne juge pas.

CB : Est-ce que tu as observé des ressemblances entre la culture roumaine et la culture française ou, plus exactement, entre la manière de vivre à la roumaine et celle à la française ? MW : Il y beaucoup des choses qui se ressemblent, par exemple dans l’organisation de nos journées. On peut se sentir en Roumanie comme à la maison.

CB : Est-ce que tu as vu aussi des différences importantes entre nos cultures ? MW : Il y a une culture de la famille beaucoup plus importante chez vous, en Roumanie. Vous êtes souvent très proches les uns des autres au travers des générations : les parents, les grands-parents, les petits-enfants tous ensemble. Cette cellule de la famille est importante et peut t’aider à passer beaucoup d’étapes dans la vie. En France, il y a un gros problème avec la solitude des personnes âgées, mais aussi des jeunes gens. Et vous avez aussi des amis de longue date, vous gardez même des amis d’enfance. En France, nous avons plus des copains que des amis. Vous avez aussi beaucoup plus de traditions que nous n’en avons. Les églises sont fréquentées, mais rarement pleines. Il y a des gens qui sont croyants, mais moins pratiquants. J’ai vu plus de jeunes à l’église en Roumanie. En France, il y a des églises qui ferment parce nous n’avons pas de jeunes prêtres pour assurer les offices.

CB : Est-ce qu’il a quelque chose qui t’as beaucoup surprise, soit en positif ou en négatif, ici, en Roumanie ?

MW : Pour la première fois que j’ai pris le bus ou le tram, je ne me souviens pas, j’ai vu plusieurs personnes faire un signe de croix, à un moment donné. Et j’ai cru que quelqu’un était mort dans la rue, à cause d’un accident. Mais quelques mètres plus loin, une dizaine de personnes ont refait le signe de croix. Et je me suis dit : « c’est pas possible, tant de personnes qui sont mortes en même temps ! ». J’ai compris que vous faites le signe de croix chaque fois que vous passez devant une église. C’est une expression française qui dit que les voyages forment la jeunesse. Tu changes ta manière d’être en voyageant, ta façon de penser et d’envisager les choses.

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