La crise économique en Roumanie

  • Cette année 2010, le débat politique et l’action du gouvernement ont mis l’accent sur les problèmes immédiats de la crise et la recherche de solutions appropriées, ce qui est compréhensible et même nécessaire. Ce qui est préoccupant c’est le fait que pour la période après-crise les attentes se limitent à un retour à la situation précédente, à défaut d’idées pour l’avenir. Après la chute brutale du PIB de plus de 7% en 2009, principalement dans le secteur de la construction et de l’industrie, une diminution de 1,5% par rapport à la période correspondante de l’année dernière a été enregistrée au premier semestre de cette année. Les prévisions des experts de la Deutsche Bank ont indiqué une diminution au même niveau pour l’année 2010. On ne saurait donc échapper à une récession en 2010, qui se manifeste par un déficit budgétaire de 6,8% du PIB et la dette publique extérieure de 43 milliards d’euros, par rapport à 12 milliards il y a dix ans. Si l’on y inclue la dette privée, alors le total des montants de la dette extérieure s’élève à 87 milliards d’euros, dont 16 milliards à court terme. Le chômage a augmenté, passant de 3,7% l’été 2008 à 7,5% en août 2010. Cela tandis que la main d’œuvre totale a considérablement diminué durant la dernière décennie : il y a aujourd’hui 4,7 millions actifs, dont 1,2 millions dans le secteur public et 5 millions de retraités.

Nous sommes dans une situation aberrante : pour la première fois dans l’histoire économique d’après-guerre de la Roumanie, une tranche de 20 milliards de prêt du FMI en 2009 a été utilisée pour le paiement des pensions et des salaires dans le domaine public. Le gouvernement a adopté des mesures d’austérité, impopulaires, d’augmentation de la TVA de 19 à 24%, de réduction les salaires de 25% et de réduction du personnel de 90.000 personnes jusqu’à la fin de l’année (il est par ailleurs très peu probable que le secteur privé, qui a licencié près de 500.000 personnes en 2009, puisse absorber les effectifs réduits par l’Etat). Tout cela a été convenu avec le FMI. Il n’est pas évident que ces mesures aient suscité de la confiance parmi les milieux des affaires du pays et de l’étranger sur les perspectives de sortie de crise.

En fait, les statistiques montrent que dans la première moitié de cette année, les investissements directs ont chuté de 30% par rapport au premier semestre de 2009. Les analystes ont évalué qu’en 2010, l’investissement total des non-résidents sera inférieur à 4 milliards euros, contre 9,5 milliards en 2008. Le déficit de la balance des paiements au 30 juin de l’année courante est estimé à 3,65 milliards euros, en hausse de 50% par rapport à même période de l’an dernier. Ceci n’est pas nécessairement le résultat de la crise économique, mais signale la fin des « temps heureux », quand le pays a suivi un type particulier d’expansion économique, basée sur la stimulation de la consommation, notamment l’achat des marchandises importées, de la nourriture aux véhicules, l’investissement dans l’immobilier, les banques et la grande distribution commerciale.

Non seulement y-a-t-il eu retrait des capitaux, mais cette tendance perdure également à cause du manque de prévisibilité dans l’environnement des affaires en Roumanie et d’une fiscalité imprévisible. La Roumanie a beaucoup de difficultés au niveau de la politique fiscale et l’évasion fiscale, malgré une réduction, se maintient à un niveau élevé, ce qui nécessite une décision politique pour réaliser le paiement correct des impôts, l’augmentation du degré de collecte des impôts, notamment de la part des grands contribuables potentiels, qui sont maintenant „les favoris” des organes de contrôle. Actuellement en Roumanie il y a un taux unique d’imposition de 16%, qui a eu des avantages pour le travail et le capital. En outre, il existe cinq types de cotisations sociales pour l’employeur et trois pour les employés, de sorte que, par exemple, pour chaques 100 lei payés à l’employé, il y a 82 lei qui reviennent sous forme d’impôts et de cotisations. Le nombre de déclarations d’impôts et taxes à effectuer par les agents économiques à différents endroits a atteint le chiffre de 113 et la signature électronique n’est pas encore libre. Lors d’une conférence organisée par le magazine « Capital » au 30 septembre dernier, Mugur Isarescu, gouverneur de la Banque Nationale a mis en garde que les promesses des politiciens allant bien qu-delà des capacités de l’économie, ont fait et font beaucoup de mal, le piège du populisme étant "le chemin de l’enfer" pour la Roumanie. L’allocation de ressources à la consommation au détriment de l’investissement ou de la production alimente l’illusion d’une stimulation de la croissance. Isărescu a insisté sur la nécessité de stimuler le travail, les compétences, en évoquant également le sérieux problème de la réduction du déficit budgétaire et de la dette publique. Et pourtant, quelles sont perspectives, sinon à long terme, au moins pour l’année prochaine ?

Dans un discours prononcé au Parlement le 21 Septembre dernier, le président Basescu affirmait que sur la base d’un nouvel accord avec le FMI, € 5,7 milliards seront nécessaires en 2011. Le Président a estimé que la Roumanie a dépassé le pic de la crise et qu’il s’attend à une reprise de la croissance économique de 2 à 2,5% en 2011. L’inquiétude, selon le président, est qu’à cause des déficits et des déséquilibres de l’économie, il n’y a plus de prêteur à long terme pour la Roumanie, et même les prêts à trois ans sont difficiles à obtenir. D’où la nécessité, selon lui, de prendre des mesures d’austérité et de faire encore appel au FMI.

Cependant, y-a-t-il des arguments d’un optimisme modéré ? Des signes de légère reprise de l’activité industrielle sont apparus, les réserves de change de la Banque Nationale de Roumanie s’élèvent à 32 milliards d’euros, ce qui couvre trois mois d’importations et permet de maintenir la stabilité du taux de change leu-euro. Toutefois, bien que la politique monétaire de la BNR soit judicieuse, elle ne peut à elle seule résoudre les problèmes structurels de l’économie. Ainsi, l’inflation n’a pas pu s’arrêter et a dépassé les 7% cet été par rapport à l’an dernier, principalement en raison de la hausse de la TVA. Les chiffres et les questions évoquées ci-dessus, incomplètes pour une analyse plus approfondie de la situation, nous permettent cependant de poser une question sensible et légitime : n’est-ce pas le mauvais modèle de développement suivi par la Roumanie depuis 20 ans qui nous a amenés dans la situation actuelle ? Ni le gouvernement, ni l’opposition ne se sont posés cette question.

Selon l’analyste économique Ilie Serbanescu („Etrange capitalisme nous a été destiné”, paru dans Journalul National, en septembre 2010), l’Etat roumain a cédé au capital étranger tous les postes stratégiques de l’économie. Une fois en Roumanie, les capitaux privés étrangers n’ont pas créé du développement, mais seulement des marchés, n’ont pas créé de la production, mais de la consommation. Lorsque la crise a commencé, les banques en Roumanie, presque toutes étrangères, ont cessé le financement de l’économie, laissant à l’État roumain la charge de redresser la situation, alors qu’il ne détient plus aucune position économique forte et qu’il n’a plus aucun instrument d’action efficace. La seule option de l’Etat est de faire appel au FMI. Pour Ilie Serbanescu („Vision réaliste des banques : ce qui pourrait suivre" paru dans Romania Libera, 15/09/2010), les banques étrangères sont directement responsables du grave déséquilibre dans l’économie de la Roumanie entre production et consommation.

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Dans un entretien télévisé, le président Basescu a également évoqué les perspectives de l’économie roumaine. En prenant comme point de départ le faible degré d’utilisation des fonds de l’UE - il reste 33 milliards d’euros disponibles - il a mentionné le „Programme Europe 2020”, les sept programmes opérationnels financés par l’UE et il a présenté son intention de créer une seule institution qui monitorise l’accession à des fonds UE. L’infrastructure est sous-développée, de vastes zones de terres ne sont pas cultivées, la recherche scientifique est sous-financée ... Ce ne sont que quelques-uns des problèmes non résolus en Roumanie. La mise en œuvre de ces programmes et l’accès aux fonds européens semblent être des points d’appui pour l’élaboration, à la dernière heure, de stratégies réalistes et de plans d’action concrets pour surmonter la crise et pour un développement sain de l’économie roumaine.

Şerban Bobulescu

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